Introduction de l’Atelier :
1) Rappel enjeux ens sup
Aujourd’hui toutes les universités françaises appliquent la réforme Licence-Master-Doctorat, et on voit s’installer ce qu’on craignait depuis plusieurs années notamment il y a deux ans lorsque les étudiants se sont mis en grève contre les réformes Ferry. Cela va du désagrégement du système de compensation, aux filières supprimées, en passant par une liste de plus en plus longue d’étudiants non-inscrits et par des budgets de plus en plus taillés à la hache. En outre, cette année ce sont 46 universités (soit 60% des facs françaises) qui pratiquent des frais d’inscription illégaux. Certaines universités vont jusqu’à demander 3500 euros ou 1218 euros à Aix-Marseille III et à Grenoble II. Malgré le rejet massif des étudiants du projet d’autonomisation des universités il y a deux ans, les universités tentent de le passer en force, soutenues par un grave déséngagement de l’Etat. Ca constitue une grave remise en cause du service public d’Enseignement Supérieur et a pour conséquence de creuser encore plus les inégalités entre universités et entre étudiants.
Cela s’ajoute à une précarité criante qui touche de plus en plus d’étudiants : près de 100 000 étudiants sous le seuil de pauvreté (soit 600 euros/mois) seulement 500 000 bourses accordées sur de critères sociaux pour 900 000 demandes l’an dernier. Un étudiant sur deux a un job concurrent aux études Ce sont plus d’un million d’étudiants qui courent chaque année après un logement, mais les 530 résidences universitaires n’ont que 150 000 places. Le privé loge près de 800 000 étudiants : de la chambre de bonne à l’appart en colocarion, pour des loyers 4 à 5 fois plus chers qu’en cité U.
On peu aisément reprendre un des derniers slogans de la JC : « la précarité nous gâche la vie ». Elle est en effet la première cause d’échec dans les études. Beaucoup parce qu’ils sont mal logés et/ou travaillent ne terminent même pas leur première année d’études.C’est une situation inacceptable, et d’autant plus lorsque l’on connaît les difficultés que rencontrent les jeunes diplomés pour trouver un emploi. C’est moins de 50% des jeunes diplômés qui trouvent un emploi correspondant à leur niveau d ’études. Pour la plupart, la fin des études c’est chômage et petits boulots.
Il y a là un paradoxe. A l’heure de la révolution informationelle, de la mondialisation et d’un espace européen en pleine évolution, notre société a de plus en plus besoin d’individus formés, qualifiés. Et pourtant faire des études est une vraie galère, avec aucune garantie de réussite, d’obtenir l’emploi que l’on souhaite. L’enseignement supérieur, au même titre que l’ensemble de l’éducation, doit être mis au centre des enjeux de société. Il faut rompre avec la loi du marché, les logiques de concurrences, cette crystallisation des inégalités sociales à travers un enseignement supérieur à deux vitesses. Nous avons besoin d’un projet politique fort qu’il faut construire très largement affirmant la réussite de tous. Et ceci, et j’insiste, n’est pas qu’une simple ambition mais une réelle nécessité pour tous les jeunes et pour la société toute entière.
2) LRES kesaako ?
Lorsque nous avons lancé la campagne « une loi pour la réussite dans l’enseignement supérieur » à la conférence nationale de l’UEC en février dernier, c’était l’ambition de rédiger dans une mobilisation populaire (étudiants, enseignants, IATOS, associatifs, politiques, syndicalistes, etc...) une loi d’ici fin 2006. Et cela à partir des luttes dans les facs. Aujourd’hui, cette bataille prend vraiment tout son sens dans une période où de nombreuses facs sont en lutte face aux conséquences désastreuses de l’application du LMD comme à Rouen et à Grenoble, et après la Tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Monde en septembre faisant l’éloge du système universitaire américain. Il y a quelques mois la commission européenne a publié un rapport intitulé « la mobilisation des cerveaux » qui vise à relancer l’autonomisation des universités. Il y a un besoin de construire, il y a besoin d’alternatives pour faire face aux politiques ultra-libérales et sur lesquelles peuvent s’appuyer et se renforcer les luttes. Pour cela, nous avons planifié trois étapes dans notre bataille : un état des lieux de l’enseignement supérieur et des conditions de vie et d’étude des étudiants d’ici la fin du premier semestre. un grand nombre de rencontres publiques, de débats sur les propositions pour changer l’université afin d’aboutir à certain nombres de propositions définitives rassemblées dans un projet de réussite pour tous. La troisième étape constitue la finalisation de notre projet. Un travail étroit avec les groupes communistes à l’AN et au Sénat pour la production de la loi sera alors mis en œuvre. Ce projet de loi sera au coeur de notre campagne dans nos facs pour les élections de 2007.
Dans ce calendrier, nous avons défini 6 problématiques, 6 axes de réflexion que je vous détaille :
A la lumière de ces réflexions, l’ampleur et l’urgence de la réalisation de notre projet nous amène à penser que l’élaboration avec les étudiants de 10-15-20 propositions fortes pour une mobilisation importante dans l’enseignement supérieur est une priorité par rapport à des considérations législatives pour la construction de la loi.
3) Notre stratégie.
Et bien oui, c’est tout ça la LRES ! Et pour réussir à gagner à ce que cette loi soit voté et appliqué sans pour autant être vidée de son sens, il nous faut réussir à construire un rapport de force majoritaire auprès des étudiants, des chercheurs, des professeurs. En effet, ce n’est qu’avec une popularisation massive et un intérêt maximum de tous que nous pourrons créer les conditions de réaliser nos ambitions. D’ors et déjà nous nous étions dotée d’un calendrier qui commençait par une phase d’état des lieux qui doit s’arrêter en janvier prochain. Cette phase est constituée de deux démarches complémentaires. D’abord nous avions élaboré un questionnaire qui devait nous permettre d’affiner notre analyse sur les besoins et les envies des étudiants. Cela étant, le faible taux de questionnaire rempli et la lecture de ceux-ci nous a fait nous rendre compte que la façon dont nous avions élaboré ce questionnaire ne permettait pas de voir grand choses. En effet, puisqu’une grande majorité d’étudiant ont intégrer la période de fac comme une période de précarité évidente et « normale », peu ont répondu sur leur conditions, ou ont identifié des choses comme inacceptable. Nous vous proposons donc un nouveau questionnaire qui propose aux étudiants de répondre à nos propositions dans les six axes de notre loi. Dans le même temps nous avons décidé de lire, comprendre faire des synthèses et les partager de tous les textes relativement récent paru dans l’enseignement supérieur en France et en Europe. Il nous faut évidemment connaître sur le bout des ongles toutes les conceptions de l’enseignement supérieur pour nous permettre à la fois de répondre aux libéraux mais aussi pour ne pas oublier un pan de l’enseignement supérieur. Sur ce point, le collectif national de l’UEC n’a pas encore fini de lire toutes les productions. Il s’agit aussi pour tous les étudiants de notre mouvement de regarder si dans sa fac des sondages, des textes peut-être plus locaux ont été produits afin de fournir encore plus d’élément à la construction collective et nationale de cette loi. Le second semestre doit ensuite être consacré à la réflexion autour de propositions concrètes et cohérentes afin qu’après nous puissions avec les élus rédiger cette loi et enfin la confronter au maximum d’étudiant et la proposer à l’assemblée nationale. Ce calendrier, qui ce me semble reste juste et d’actualité, doit être affiné. En effet, si certaines facs ont déjà tenu des initiatives en lien ou autour de cette loi comme Jussieu sur le logement, nous devons construire ensemble un calendrier d’initiatives plus précis qui nous permette d’avancer ensemble en même temps. Nous pourrions définir par exemple que d’ici les congés de noël, au moins une initiative sur la loi soit tenue dans tous les secteurs. Dans la même logique nous pourrions nous fixé comme règle de tenir une initiative d’envergure par secteur entre deux collectifs nationaux. Evidemment, la LRES n’a de sens que si elle articulée de façon systémématique avec notre quotidien, avec l’actualité, avec ce qui fait nos vies dans toute la diversité que cela suppose. Que serait la LRES si elle n’était qu’une bataille en plus qui ne se nourissait pas des besoins que nous ressentons en terme de logement de sécurisation de la formation et de l’emploi ? Dans le même temps que serait la LRES si elle n’était qu’une lutte pratique sans fondements politique ? La LRES, c’est bel et bien l’outil qui peut nnous permettre de gagner la bataille idéologique tout en faisant du concret, tout en construisant au jour le jour. Et tout l’enjeux est là : dénoncer un système économique et politique cohérent appliqué à l’enseignement supérieur en opposant une réforme qui s’inscrive dans un projet politique cohérent, porteur d’espoir et qui se décline pour les étudiants en propositions transformatrices immédiate !
Une des questions qui se posent rapidement est avec qui travaillons nous ? Comment ? Les réalités entre les facs sont d’une diversité inimaginable et il est difficile de se dire que nationalement il est préférable de travailler avec une orga plutôt qu’une autre. Dans le même temps nous ne pouvons pas non plus vouloir rédiger cette loi avec le maximum d’étudiants en limitant le champ de réflexion aux seuls adhérents du mouvement jeunes communiste. Peut-être pourrait on nous dire de travailler avec tous ceux qui le souhaitent sur la base de ce que nous avons déjà élaboré. Cela va forcément nous aider pour renforcer notre orga mais cela nécessite alors non seulement de faire tous les gestes pour réellement inclure tous les étudiants intéressés dans le processus mais aussi de contacter et d’informer toutes les autres orgas existantes sur nos facs. Les diverses expériences nous montre que notre démarche questionne, qu’elle intéresse, il nous faut, dans la lignée de la bataille contre la constitution, devenir la pierre angulaire du rassemblement autour de ce projet porteur d’espoir ! Arrive alors la question de nos outils et des moyens pour donner une dynamique importante à notre combat. D’ors et déjà, il nous faut nous munir d’un logo et d’une charte graphique identifiable qui donne une cohérence visuelle à toutes nos actions. Conjointement à cela, il nous faudrait aussi édité une affiche qui nous aide à populariser cette bataille. Sur ce point tout particulier, nous avons un problème d’envergure, nous n’avons pas les moyens de sortir une affiche aujourd’hui. En effet, la manque de cotisations, de paiements mensuels, de remontées d’initiatives financière nous mettent aujourd’hui dans une situation où nous n’avons pas pu payer ne serait-ce que les carte d’adhésion, réglé gracieusement par le parti. Si nous voulons faire de ce combat quelque chose qui ait de la gueule, il va falloir non seulement que les étudiants communistes de France avance rapidement sur les questions financières mais il faudra aussi demander à tous ceux qui souhaiteront construire avec nous de participer au financement de cette campagne sans quoi nous seront toujours en dessous de tout. En outre, nous ne pouvons pas prétendre à rédiger une loi qui s’attaque à tous les pans de l’enseignement supérieur sans à la fois avoir l’avis et l’opinion des étudiants qui sont en BTS, IUT, prépa etc… Notre organisation ne peut que se renforcer de part l’apport de ces copains qui sont mis à la marge de l’enseignement. Enfin, pour faire naître l’espoir, il est absolument nécessaire que chaque personne impliqué dans ce projet puisse voir la cohérence nationale de cette bataille, sentir que partout en France des étudiants ce battent pour la même chose, comprendre les différences entre les différentes facs et se sentir complètement acteur de ce projet qu’elle qu’en soit le niveau. C’est pour cela que nous proposons de constituer une mailing liste national qui aille au-delà des adhérents du mouvement, qui nous permette de donner des infos à tous en même temps, qui permette de faire participer chacun au débat national. Cela nécessite que chaque fédé, chaque secteur nous fasse remonter les mails de tous ceux et toutes celles qui sont intéressés par ce combat. Lutter contre les inégalités, qui nous le voyons sont insupportable, construire un projet ambitieux, transformateur, créer l’espoir pour répondre à la nécessité, construire le rassemblement, faire pencher le rapport de force, voilà l’exigence que nous portons. Il nous faut débattre maintenant pour continuer à élaborer une analyse fine, des propositions révolutionnaires, des objectifs communs pour faire en sorte que la réussite devienne l’élément clef du discours sur l’enseignement supérieur. Nous avons l’obligation pour notre avenir, pour l’avenir de tous les jeunes que ce projet réponde politiquement aux violences que nous imposent les libéraux ! C’est ensemble que ferons de ce projet une base de la transformation de notre société !
Animer la loi pour la réussite dans l’enseignement supérieur
Après une introduction redonnant les enjeux de cette bataille (mise en place du LMD, précarité des étudiants, accès à l’emploi, etc.) et faisant le point sur notre calendrier et nos initiatives, le débat s’est ouvert pointant rapidement un certain nombre de questions :
Comment animer la bataille nationalement dans notre organisation ?
Comment faire que chaque étudiant communiste s’empare, s’approprie cette bataille et y participe sur sa fac et dans le processus global national ?
Quels outils, quelles structures on se donne pour faire vivre la LRES entre étudiants communistes ?
Une première réponse est de créer une réelle solidarité. Il y a tout d’abord un fort besoin d’informations, de mise en lien entre les secteurs, et avec le national. C’est un besoin notamment d’échanges sur les initiatives et sur les réflexions, les discussions. A été faite la proposition d’une liste de diffusion nationale par Internet regroupant tous les animateurs et la création d’un forum pour faire vivre le débat le plus largement et en permanence. Mais c’est aussi le besoin de renforcer le suivi des secteurs : apporter le soutien national sur le plan politique, orga et matériel, et aussi appuyer les échanges avec le national. S’est posée également la question de la formation. Il y a un réel travail de formation à faire du local au national pour aider les camarades à s’approprier et à enrichir les débats, la bataille de la LRES.
Ensuite, c’est la question de faire de la politique à l’université qui a été discutée. Comment mener sur nos facs auprès des étudiants, mais aussi des enseignants et du personnel IATOS, la bataille LRES ? Beaucoup de copains ont fait part de leur difficulté à militer : refus des administrations pour la distribution de tracts, pour l’organisation de débats… Mais, justement, en faisant le lien entre ces difficultés et notre bataille, nous nous rendons bien compte que ces difficultés doivent l’alimenter. L’université est un lieu de savoirs et d’échanges. La politique a donc toute sa place et se battre pour l’accès à la citoyenneté, pour la liberté d’expression, d’association et de manifestation est au cœur de notre lutte et des enjeux de la LRES. C’est à partir des luttes, des différentes difficultés, de ce que vivent les étudiants que nous devons faire vivre la LRES. Par exemple, ce qui apparaît être une des luttes centrales de nombreux secteurs est celle du logement. Rappelons l’initiative régionale à Jussieu qui a permis de faire le lien entre lutte pour le logement et la LRES, et qui est par ailleurs un bon exemple d’initiative commune entre secteurs. Mais plusieurs camarades sont intervenus dans l’atelier pour appuyer cette lutte : à Caen où une cinquantaine d’étudiants sont sans logement et dorment dans la rue, à Nanterre, etc.. Il apparaît pour l’ensemble des camarades que la bataille de la LRES comporte deux éléments : tout d’abord la perspective de la loi même et d’autre part des luttes immédiates sur ce que vivent les étudiants au quotidien. L’enjeu fondamental de notre bataille est de faire la connexion entre ces deux éléments.
Pour mener la campagne LRES, en pleine étape de l’état des lieux, nous nous sommes dotés d’un questionnaire sur les conditions de vie et d’études des étudiants. Même si celui-ci a des limites, il est un bon outil pour aller à la rencontre des étudiants et il a servi, notamment à certains secteurs, pour faire de nombreux contacts. Il doit être encore retravaillé, recentré sur nos axes de bataille.
Par ailleurs, dans notre démarche, nous avons la volonté d’aller également à la rencontre des autres acteurs de l’enseignement supérieur comme les organisations étudiantes mais aussi les enseignants et le personnel non-enseignant. Mais comment faire ? A cette question, nous avons une réelle difficulté à répondre. A été faite la proposition de renouer le lien avec le réseau université du PCF. Localement, des secteurs ont avancé sur le lien avec d’autres orgas mais au niveau national, les liens sont difficiles à créer.
La bataille LRES doit s’élargir aux seuls étudiants à l’université : IUT, BTS, écoles… Mais là aussi nous avons des difficultés : à la fois pour rencontrer ces étudiants et pour le travail politique engagé avec eux. La proposition a été faite de travailler avec le Mouvement, et notamment les lycéens, pour prendre contact avec les étudiants en BTS par exemple.
Pour terminer, nous avons besoin de nous donner des outils de communication politique pour donner plus de force à notre bataille LRES : tracts, affiches… Mais aujourd’hui, l’UEC a de graves difficultés financières qui ne permettent pas la production de tels outils. Cela pose la question de lier la bataille LRES à l’animation financière.