Mouvement des jeunes communistes
Dossier : Réforme des Lycées
Avec la réforme Darcos, l’année dernière, le gouvernement avait 3 objectifs clairs : l’autonomie des établissements, l’individualisation des parcours de chaque élève et favoriser l’acquisition de compétences plutôt que celle de savoirs.

-> L’autonomie des lycées

L’autonomie c’est l’ensemble des responsabilités dont l’État se dédouane au détriment de chaque établissement. En « contrepartie » les établissements sont soumis à une évaluation de leurs performances qui détermine en grande partie leurs dotations horaires et financières.

Dans la réforme des lycées de Darcos : le socle commun de Fillon devient un bloc « enseignements généraux » et s’accompagne d’options qui varient selon les lycées et selon le nombre de professeurs. Les « activités d’accompagnement et d’orientation », de 3 heures par semaine, dépendent quant à elles de chaque établissement. L’établissement remplace ainsi l’État en termes d’objectifs de réussite scolaire.

-> L’individualisation des parcours de chaque élève

Dans la réforme Darcos l’individualisation des parcours passait par les réorientations et la modularisation. C’est-à-dire par le découpage des enseignements en 3 blocs constitués de modules : Enseignements généraux (un socle commun un peu élargi après la mobilisation des enseignants), Enseignements complémentaires que chaque élèves auraient du choisir parmi 4 dominantes (humanité, sciences mathématiques, sciences de la société, technologie), Activité d’accompagnement ou d’orientation à raison de 3 h par semaine.

Avec ce système de modules et la fin du droit au redoublement préconisé par la réforme : un élève qui est en difficulté dans sa filière ne peut plus recommencer mais doit changer cette dernière en changeant d’ « enseignement complémentaire », même si ce changement l’éloigne de son projet de vie initiale. Deux conséquence à cela : D’une part, la réussite comme l’échec deviennent le seul fait des individus, elle exempte de toute responsabilité le système (« je n’ai pas choisi la bonne option, je n’ai pas assez travaillé,… »). C’est l’avènement de la méritocratie et de l’égalité des chances. D’autre part, par le jeu des modules le parcours de chaque élève devient spécifique selon ses choix. Cette modularisation anéantit tout référent commun entre les élèves (ou les réduit au minimum), c’est également les référents communs (les droits communs à l’ensemble des salariés ou à des corps de métiers) du monde du travail qui en pâtissent.

-> Favoriser l’acquisition de compétences plutôt que celles de savoirs

D’abord petite définition. La compétence se définit comme une capacité dans un domaine donné. Alors que le savoir se définit comme la mise en cohérence de compétences et d’informations, leur inscription dans une histoire de pensée.

Aujourd’hui, le gouvernement et le MEDEF tiennent un double discours : d’un côté « les formations et les diplômes ne valent rien », de l’autre « les salariés doivent intégrer des formations pour améliorer leurs compétences » (sans pour autant leur donner un diplôme pouvant être opposable devant l’employeur). L’enjeu pour eux, c’est d’augmenter la productivité, l’efficacité du salarié sur des points précis dans une société où il y a de plus en plus besoin de qualification mais sans lui permettre d’augmenter globalement son niveau de connaissances (et donc son salaire) ni de mieux maîtriser ce qu’il fait sur son poste de travail dans la production ou le service qu’il rend dans la société. C’est aussi dans la modularisaton que cette division des contenus des formations en savoirs parcellaires se retrouvait dans la réforme Darcos.

-> Et la reforme Châtel ?

Voilà les objectifs de la droite que l’on peut décrypter à travers ce projet de réforme. Néanmoins, suite à la mobilisation des lycéens, Darcos a été obligé de reculer. Pour faire redescendre la pression sociale Sarkozy a alors nommé Richard Descoing, spécialiste en méritocratie, pour mener à bien une mission de consultation qui a abouti sur un rapport publié juste avant les grandes vacances.

Entre temps aussi, les jeunes sont reconnus comme les premières victimes de la crise et le gouvernement ne veut pas les heurter puisqu’ils sont la seule force capable ces dernières années de le mettre en échec. Aujourd’hui la réforme des lycées est donc beaucoup plus insidieuse. Elle se veut plus consensuelle sans pour autant nier son projet. C’est d’ailleurs pourquoi Sarkozy a repris nos mots, nos ambitions pour les dévoyer lors de la présentation des grandes lignes de cette réforme : orientation choisie, accès à la culture, reconnaissance de l’engagement, fin de la hiérarchisation des filières… Mais la logique des compétences, de l’autonomie, de l’égalité des chances sont toujours à l’arrière-plan

-> Cette reforme contribue a la mise en concurrence des territoires

Le gouvernement est en effet en pleine réforme des collectivités territoriales qui prévoit dans son volet fiscal la suppression de la taxe professionnelle qui représente environs 80% du budget des collectivités. Dans un département où une région avec plus de pauvres les ressources restantes seront attribuées aux dépenses sociales (RSA par exemple) quoi de plus normal mais le problème c’est que faute d’un budget suffisant tout le reste passe à la trappe : culture, construction et dotation des établissements… or dans la réforme des lycées les mesures annoncées pour favoriser l’accès à la culture, à l’informatique … dépendent de la capacité des régions à financer celles-ci.

-> La reforme Châtel participe aussi a augmenter la concurrence et les inégalités entre individu

par le biais méritocratie notamment. Avec la notion de volontariat pour les stages de remise à niveau, les stages passerelle ou encore le tutorat, c’est bien de ça dont il s’agit. Le principe de base est « si tu veux tu peux » auquel il faut ajouter « si tu prouves que tu veux vraiment par ton mérite, on t’aidera (bourse, carnet d’adresse,…) ». Le corollaire de tout ceci est « si tu échoue c’est uniquement de ta faute puisque la sélection est basée sur le mérite individuelle ». Elle nie ainsi l’existence même des inégalités sociales en plaçant soi-disant la compétition à un autre niveau et évite toute remise en cause du système.

-> D’abord la droite met en place un tronc commun

Mais ce tronc commun a de grave limite. Il ne comprend pas de matière scientifique pourtant essentielle. Ce tronc commun n’existe qu’en seconde et en première et seulement pour les filières générales et technologiques. Ainsi, en terminale S l’Histoire-Géographie disparaît allègrement des programmes !!

-> De plus ce tronc commun s’accompagne d’un droit a l’erreur

détourné et biaisé par la droite qui le repose en termes de limitation des redoublements. Pour nous le « droit à l’erreur » c’est aussi celui de se planter, de recommencer.

-> Enfin (et surtout) cette reforme prévoit la mise en place du « livret de compétences au lycée.

Il s’agit d’une liste de qualification en dehors du diplôme. Ainsi chacun a son diplôme (les apparences sont sauvegardées) mais avec une petite feuille à côté qui précise ce qu’il contient et donc ce qui varie d’un individu à l’autre. Pour l’instant ce livret de compétences est appliqué en primaire et au collège. Elles couvrent à peu près les mêmes domaines que le socle commun minimum voulu par Fillon en 2005 (lire, écrire, compter, cliquer). En plus des conséquences sur le marché du travail, cette liste de compétences n’a pas les mêmes conséquences dans la formation de l’élève selon que ces bouts de connaissance restent morcelés ou au contraire sont organisés dans un tout cohérent.

-> Précarisation des personnels et des conditions d’études

3 500 postes de moins cette année, 16 000 l’année prochaine… en tout c’est 80 000 postes qui seront supprimés dans l’Education Nationale d’ici 2014. C’est ça aussi la réforme des lycées : moins de personnels pour plus de mission à assumer.

Le gouvernement veut faire croire qu’il va favoriser le suivi des élèves en difficultés alors qu’il supprime les RASED, ce réseau de prof spécialisé dans cette mission.

Il veut faire croire qu’il va favoriser l’orientation choisie alors qu’il veut supprime des postes de conseillers d’orientation (qui ne sont déjà plus que 1 pour 1500 élèves) et ferment des CIO.

Il veut faire croire qu’il ne remet pas en cause le statut des professeurs qui leur permet de ne pas être soumis aux intérêts du marché et de remplir leur mission de service public à part entière, alors que les suppressions de postes rendent obligatoire l’embauche massive de vacataires ou de contractuels pour remplacer les profs avec plus de précarité et moins de formation à la clef.


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